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Samedi 30 janvier 2010 6 30 /01 /Jan /2010 16:38

Il y a soixante cinq ans se sont ouvertes, enfin, les portes d’un enfer où tant de compagnons sont morts après d’atroces souffrances, morts sans sépulture, morts que personne ne pleure car personne ne leur a survécu.

Soixante cinq ans ! C’est long soixante cinq ans, tu sais, mais à la fois c’est si court puisque le souvenir de tout ce que nous avons vécu là-bas, à Auschwitz, ne nous quitte jamais ! Tout ce qui maintenant est décrit dans les livres et appartient au passé, est notre présent quotidien. Si apparemment nous sommes tous redevenus des êtres normaux, nous ne le sommes que pour les autres car notre cœur ne cesse de saigner. Nos souffrances se sont un peu cicatrisées, mais la cicatrice qu’elles ont laissée reste pour nous si visible qu’elle nous fait encore bien mal, saigne souvent et même parfois pleure de grosses larmes de sang

C’est long, tu sais, soixante cinq ans, mais c’est si court quand on les vit toujours là-bas, en Haute Silésie où il faisait si froid.

Tu fus peut-être, toi qui m’entends, parmi ceux qui, à notre retour nous regardaient sans nous voir, nous entendaient sans nous écouter, n’avaient d’attention que pour les anciens résistants puisque pour toi nous n’étions que des « victimes civiles ». Certes nous n’avions pas, comme eux, combattu le nazisme, mais comme eux nous avions souffert mille morts et nos familles, tous ceux que nous adorions, nous ont été arrachés pour être assassinés par le gaz, comme on n’oserait même pas le faire pour des animaux nuisibles.

Là-bas, tu sais, nous étions tous les mêmes ! Nous avions tous tellement faim que nous marchions courbés comme des vieillards pour comprimer nos corps qui nous faisaient souffrir ; nous avions tous tellement froid avec nos vêtements légers de bagnard, que le vent qui soufflait tout le temps, nous glaçait jusqu’aux os ; nous avions tous tellement peur de la bestialité des SS et des kapos pour qui nous n’étions que des « stucks », des morceaux, que des sous-hommes, des « untermunshen », avec comme destin commun, celui de mourir après deux mois de ce régime innommable, ou de périr asphyxiés par le Zyclon B, dans une de leurs chambres à gaz.

Là-bas, tu sais, nous étions tous les mêmes ! Nous avons tous vu des corps souffrir, nous avons vu des corps mourir. Nous avons vu des kapos et des SS tuer pour le seul plaisir de donner la mort ou tuer, comme cela, pour s’occuper. Nous avons vu la bête, que certains hommes portent en eux, se déchaîner contre les autres, uniquement parce qu’ils pouvaient le faire, en toute impunité. Nous avons vu l’insoutenable. Nous avons vu l’incommunicable. Nous avons vu l’horreur. Nous avons vu l’épouvante. Nous avons même vu les yeux de la mort.

Là-bas nous étions tous les mêmes, tu sais et si certains d’entre nous ont été dès le retour, quelque peu oubliés, tout cela, maintenant, appartient au passé et nous pouvons enfin, d’une même voix, transmettre au monde notre message :

- Nous, anciens déportés des camps de concentration et d’extermination nazis, nous que l’organisation fasciste a piétinés, bafoués, humiliés, torturés, par l’espérance qui nous habitait - nous avons appris la valeur de la vie.

- Nous, que cette force aveugle, implacable, a voulu détruire en nous atteignant dans notre dignité, en souffrant mille morts - nous avons appris que l’intolérance animée par la haine poussée jusqu’à son paroxysme, pouvait ne connaître aucune limite.

- Nous qui avons été battus par la lâcheté de certains hommes rivalisant de violence devant les SS qui regardaient le spectacle avec indifférence ou perversité - nous avons appris la valeur de l’honneur.

- Nous qui étions entourés de pauvres malheureux, qui comme nous étaient faméliques à force d’avoir faim, morts-vivants que nous croisions dans les allées du camp, êtres aux mêmes visages, aux mêmes regards, aux yeux sans expression enfoncés bien loin dans leurs orbites, qui rêvaient de mondes lointains, de pays aux rivages impossibles - nous avons appris la valeur de l’amour.

- Nous qui avons assisté à la sinistre pendaison de nombreux compagnons - nous avons appris à vivre dans la douleur, leur détresse comme si elle était nôtre.

- Nous qui fumes témoins de la mort injuste de ceux qui étaient martyrisés non pour ce qu’ils avaient fait, mais pour ce qu’ils étaient, - nous avons appris à combattre le racisme et l’antisémitisme partout où il se terre, partout où il se cache.

- Nous qui partagions le martyr de tous ces résistants glorieux et souvent anonymes, de ceux qui avaient choisi de combattre l’arbitraire en sacrifiant leur vie pour le bonheur des autres - nous avons appris à lutter contre tous les totalitarismes.

- Nous pour qui chaque minute gagnée était une victoire pour la vie - nous avons appris le sens du combat et de la lutte pour la liberté.

- Nous qui ne parvenons pas à chasser définitivement de notre mémoire, malgré tous nos efforts, les images de l’enfer concentrationnaire - nous connaissons la force et les ravages de l’innommable barbarie.

- Nous qui supportions plus facilement notre propre souffrance que la souffrance des autres - nous avons appris la valeur de la fraternité.

- Nous, que l’idéologie nazie voulait déshumaniser en nous interdisant le simple droit de vivre, le simple droit d’exister, nous avons vaincu les bourreaux en glorifiant la vie.

- Nous tous, anciens déportés, qui en 1945, lors du retour des camps de la mort espérions pour nos enfants une vie exempte de barbelés, nous tremblons pour l’avenir de l’humanité devant le nombre sans cesse grandissant de miradors qui, comme des champignons vénéneux, poussent partout dans le monde.

Ayant appris la valeur de la vie qui doit être toujours plus forte que la mort, le danger des certitudes générant tous les fanatismes, le sens de la liberté et de la compassion pour tous ceux qui souffrent, le respect de la dignité que chacun doit à tous, seraient-ils nos plus grands ennemis, ayant appris la vertu de l’espérance, l’importance enfin de tous les êtres humains quels que soient leur culture, leur croyance et leur lieu d’origine, les anciens déportés des bagnes nazis, forts de leur expérience de vie, implorent tous les êtres de bonne volonté de se lever pour que tous ensemble, avec notre bâton de pèlerin comme seule arme et comme viatique, l’Amour de l’humanité, nous menions une chasse sans faiblesse à l’intolérance, au rejet de l’Autre du seul fait de sa croyance religieuse ou du lieu de son origine, pour venir un jour à bout de l’obscurantisme, du dogmatisme, de la violence et de la haine.

Bien que souvent tu hésites devant le chemin à prendre, bien que parfois tu t’aventures sur des routes dont la dangerosité nous inquiète, bien qu’il t’arrive de prêter une oreille complaisante au chant des sirènes de la violence et de la haine, ce message est pour toi, jeunesse sacrée, porteuse d’espérance, créatrice de la réalité de demain. Nos espoirs et nos rêves, maintenant t’appartiennent.

Dans peu d’années, nous tous, nous ne survivrons plus que dans le souvenir de ceux qui nous auront aimés et nous ne pourrons plus te prendre par la main pour t’aider à marcher en guidant tes pas hésitants. Tu seras seul, mon jeune ami, pour découvrir ta voie. Puisse faire ton destin qu’elle soit dans l’éthique de tout ce que nous aurions aimé avoir encore le temps de t’expliquer

Que tu deviennes ouvrier, ingénieur, membre d’une profession libérale ou éducateur de jeunes enfants, ta vie se construira sur le passé des hommes, sur celui des morts sous la mitraille ou dans les chambres à gaz, sur celui de ceux qui ont sacrifié leur futur pour le bénéfice de ton présent, pour que tu aies le bonheur de vivre dans un monde de tolérance et de liberté. Héritière de ce passé tu devras le restituer à ceux qui te succéderont afin que notre petite planète sur laquelle il pourrait faire si bon vivre, puisse un jour devenir la Terre des Hommes

Sam Braun

Pour l’Union des Déportes d’Auschwitz et des camps de Haute Silésie

Hôtel de Ville de Paris - 24 janvier 2010

Par Sam Braun - Publié dans : sambraun
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Commentaires

Objet du commentaire:
  "... nous avions souffert mille morts et nos familles, tous ceux que nous adorions, nous ont été arrachés pour être assassinés par le gaz, comme on n’oserait même pas le faire pour des animaux nuisibles."

Bonjour, et respect, compassion pour ce que vous avez vécu  et que vous n'osez peut être pas dire en detail mais il le faudrait, c'est votre seul devoir, du fait que
le monde est en dette envers vous, car à nous de mesurer l'ignominie de ceux qui fascinent encore des tarés contemporains à la Dieudonné,
dont certaines sectes negationnistes,
sympathie pour ces deuils dont on ne se remet pas, surtout dans un tel contexte traumatique,
mille excuses par ces balbutiements, car comme on dit il n'y a pas de mot pour nommer ce qui ne peut que nous echapper, nous qui ne l'avons pas subi.

Je suis cependant comme vous, bien que née du baby boum, bien que n'ayant pas été confrontée in vivo à cet intolérable réel,
sous le coup de cette effroyable révélation que l'humain est un monstre avec ses semblables quand il se laisse aller à satisfaire sans frein ses pulsions.

Pour autant cela ne nous autorise pas à ignorer que ce qui s'abattit sur des humains
s'abat quotidiennement sur des êtres vulnérables à notre merci, les animaux, dans la même indifférence, la même ignorance et parfois, la même jouissance.
   Nous ne devons pas ignorer que ce réel intolérable est présent au point de tuer chaque heure —chiffre symbolique—  6 millions de bêtes  dans les abattoirs du monde juste pour la boucherie.
Toutes les  secondes un animal est mort torturé par la vivisection.
Je n'ai pas les chiffres mondiaux mais chaque année en France il y a dans les 3 millions de    pigeons, animaux pourtant  non classés nuisibles (quel terme imbécile!) sont gazés ou tués par une technique encore plus cruelle  si c'est possible, par vide d'air , etouffement ds des sacs plastiques, ou empoisonnement etc. et la mort terrible des   rats par divers poisons? Et le sort  terrifiant des oiseaux dits "en trop", les chats errants, les chiens errants, ou abandonnés, sans compter les tortures des psychopathes sur les animaux etc.
Et les animaux survivants dans des conditions telles qu'on ne peut que souhaiter leur mort, faute de pouvoir les libérés, dans les labos, les élevages, les cirques, la plupart des zoos, comme les singes dansants en chine et inde...
...inventaire interminable...

/Tout cela fait, cher monsieur(ou madame?)   que vous ne devriez pas affirmer   ceci, qui est, je sais un tic bien humain:
Certes nous n’avions pas, comme eux, combattu le nazisme, "... nous avions souffert mille morts et nos familles, tous ceux que nous adorions, nous ont été arrachés pour être assassinés par le gaz, comme on n’oserait même pas le faire pour des animaux nuisibles."/

vous dites d'ailleurs ceci, qui reconnait que les animaux sont traités de tous temps(et de plus en plus) comme le furent les juifs:
- Nous, que l’idéologie nazie voulait 'déshumaniser' en nous interdisant le simple droit de vivre, le simple droit d’exister, nous avons vaincu les bourreaux en glorifiant la vie.

Il y a bien d'autres choses à decouvrir dans ce beau texte, et j'invite quiconque se sent desireux de protéger l'humanité comme vertu en danger en chaque homme à le lire.
Je vous souhaite encore et toujours du courage pour porter ce fardeau de la mémoire arrêtée. Je vous souhaite de ne plus y penser et de laisser porter ce poids par d'autres, les coupables, bien entendu, mais aussi chacun des hommes. Je n'aime pas l'expression "devoir de mémoire" si ce sont les victimes qui sont désignées par cette injonction.C'est à tous les autres que cela revient. Les victimes sont à choyer, à aider, à écouter, à réparer.
Et que cela ne nous fasse surtout pas oublier le devoir de penser. Car "c'est dans le vide de la pensée que s'inscrit le mal" Hannah Arendt.
Merci beaucoup de votre attention.
Commentaire n°1 posté par josette benchetrit le 31/01/2010 à 09h17

Oui, je comprends d'autant plus vos senrtiments que je suis moi-même un fervent défenseur des animaux (je vis chez trois chats et mon épouse nourrit tous les chats SDF de notre banlieue). Si je défends les animaux c'est que je respecte la vie sous toutes ses formes, comme je l'ai expliqué dans mon livre, et que l'harmonie entre les hommes ne pourra être atteinte que lorsque les hommes vivront eux-mêmes en harmonie avec tout ce qui vit. Je vous rejoins donc totalement sur ce point.
Cordialement vôtre

Réponse de Sam Braun le 31/01/2010 à 10h24
Bonjour Sam,

Votre texte s'adresse à tous, et plus particulièrement aux jeunes. Souhaitez-vous que je le diffuse sur Orientation.fr? Nous avons beaucoup de visites en ce moment (plus de 400.000 en janvier)?

Amitiés

Raphael
Commentaire n°2 posté par Raphael le 01/02/2010 à 19h42

Effectivement je serais très heureux d'être diffusé chez vous. Ce texte en fait, ne s'adresse qu'aux jeunes car sur eux repose le devenir du monde.
Merci infiniment pour votre gentillesse
Très amicalement

Réponse de Sam Braun le 01/02/2010 à 19h54
Texte bien écrit, tout autan que son livre, je n'arrive toujours pas a m'imaginer comment une tel peine peux etre acceptée dans la vie d'un etre humain.
Pour ma part je n'oublierai jamais la souffrance des ses gens.
Commentaire n°3 posté par Guillaume OULION le 06/02/2010 à 17h25
Merci cher Guillaume de consulter ainsi le Blog sur lequel j'essaye de mettre dans les mots, tout ce que je ressens
Très amicalement à vous
Réponse de Sam Braun le 20/02/2010 à 19h47
Mon cher Sam,
Cet erticle s'ajoute à la somme de tes textes et interventions empreints d'un profond humanisme. Tes mots sonnent toujours juste et entraînent à faire confiance  à l'avenir. Ce n'est pas un simple texte en plus des autres, car chacun de tes écrits, chacune de tes interventions devant une classe, apportent quelque chose de nouveau aux nouveaux lecteurs ou aux nouveaux participants : tu as choisi et assumé la lourde tâche d'enseigner la sagesse, lourde tâche qui est à recommencer à zéro avec chaque être humain. En effet, si l'enseignement des connaissances peut se faire somme toute assez rapidement et assez bien, l'enseignement de ce qu'est un homme libre et de bonnes moeurs est ardu et doit affronter d'abord les passions de toutes sortes avant d'avoir la possibilité de s'ancrer dans les esprits. Ta sagesse, ta tolérance, ton esprit de paix font beaucoup pour cela. Lorsque nous te lisons, lorsque nous t'écoutons, nous sommes amenés à relativiser les soucis quotidiens, les inimitiés égoïstes... Sache, mais tu en est déjà convaincu je crois, que les jeunes qui viennent t'écouter sont marqués définitivement par cette rencontre. Souvent tu les fais pleurer. Mais ces larmes sont salutaires parce qu'elles sont la marque, chez eux, d'une compassion proprement humaine. C'est-à-dire que tu as éveillé chez eux cette qualité  essentielle qu'est l'attention au prochain, et en même temps l'horreur de l'injustice. Tu inspires le respect, et en même temps tu le fais ressentir pour toute l'humanité. Ton action n'est pas vaine mon cher Sam. Loin de là. Et moi j'ai l'impression que lorsque les rescapés des camps ne seront plus là, ces jeunes et moins jeunes que tu as rencontrés, que vous avez rencontrés car tu n'es pas seul, sauront, à leur manière, être les relais de votre enseignement. Continue à écrire, à visiter les clases, mon cher Sam, nous avons besoin de toi. Je t'embrasse. Jean-Pierre.
Commentaire n°4 posté par THULLIER Jean-Pierre le 06/02/2010 à 18h17
Cher monsieur,

Je viens par ce message vous remercier de tout mon coeur.
Je ne suis qu'une jeune étudiante de 25 ans et votre témoignage me touche très profondément. J'ai regardé hier soir l'une de vos conférences sur le site de téléchargement "Dailymotion" et la première chose que j'ai eue envie de faire ce matin a été de vous écrire ce mot.

J'ai écouté votre témoignage avec beaucoup d'attention. Notamment lorsque vous avez évoqué, avec des mots qui me semblent très justes, les difficultés que vous avez dû surmonter à la libération et au retour en France. Le silence, ce besoin vital de digérer les choses avant d'en parler et de faire connaître au monde, avec toute l'émotion et le coeur que vous y mettez, ce qu'à été l'holocauste.

J'ai écouté et j'ai d'autant plus été touchée que mon grand-père a lui aussi été déporté, à l'âge de 17 ans en Haute Silésie (avec ses parents et son petit frère de 11 ans). Mais lui n'a pas eu la force de digérer ces événements.  Il nous a quitté il y a bientôt sept ans, sans avoir "partagé" son expérience avec sa femme, ses enfants, ses petits-enfants. Je vous dirai que cela nous a certainement manqué car nous aurions aimé parler avec lui, lui poser des questions, savoir, mais nous respections sa douleur et sa volonté de se taire.

Nous avons découvert il y a quelques mois avec notre grand-mère une boîte à chaussures dans laquelle il avait conservé quelques souvenirs de sa vie au camp : Un écusson et le laisser passer qui lui a été délivré par les alliés à sa libération du camp de Crastava (aujourd'hui en République Tchèque). Et depuis toujours, le seul témoignage de la Haute Silésie qu'il nous ait laissé est un bâton qu'il a sculpté puis verni et qui retrace le chemin qu'il a emprunté.

Dans quelques mois, mon frère et moi partirons pour la Pologne et la République Tchèque, où nous ne manquerons pas de passer par Crastava. Une sorte de pèlerinage qui nous tient à coeur.

Mon grand-père n'était pas de confession juive mais un lorrain membre des PRO (patriotes résistants à l'occupation), dénoncé après avoir libéré des camarades faits prisonniers par les Allemands.

Votre témoignage me touche donc beaucoup. J'aimerais vous dire de continuer à visiter les classes et à faire revivre tous vos camarades qui n'ont pas eu la chance de rentrer. Vos mots sont justes, votre émotion est vraie, la mission que vous vous êtes donnée est exceptionnellement pleine d'humanité. Il ne me reste donc qu'un mot à vous dire : Merci de tout coeur et prenez soin de vous

Cordialement

Aurélie
Commentaire n°5 posté par Aurélie le 11/03/2010 à 10h39
Monsieur,

Je suis moi aussi une jeune étudiante de 22 ans. Alors je sais que je ne peux connaitre l'histoire que par les documents que j'étudie, que par les ouvrages et les témoignages que je lis, et que la mémoire se construit petit à petit. Il n'y a pas de mots pour vous dire à quel point je vous remercie, vous et tous les autres, de nous laisser tous vos témoignages, si justes, si durs mais pourtant si lucides sur notre humanité.
A vrai dire je  vous ai découvert vous il y a seulement quelques jours, à l'occasion d'un stage dans un lycée de Clermont-Ferrand. Les élèves ont eu l'honneur de vous rencontrer, et je sais que votre mémoire ne tombera jamais dans l'oubli :  j'ai eu l'occasion de faire un cours dans une des classes de ce lycée; Etant en pleine de lecture de votre livre, j'avais laissé ce dernier sur le bureau. En revenant de la récréation, j'ai retrouvé ce même livre ouvert sur la table des élèves. Et là ils m'ont dit qu'ils vous avaient rencontré, qu'ils ne savaient pas qu'un ouvrage existait mais que désormais ils le liraient. Ils ont trouvé "génial" de pouvoir vous rencontrer; et je pense avoir compris que votre intervention les a profondément marqués.

Il est dur de trouver les mots pour m'adresser à vous, moi qui aie connu si peu de chose à l'âge où vous aviez connu déjà le pire, même si ce mot me parait une nouvelle fois si faible pour décrire l'innefable. Mais je tenais à vous dire que le travail de mémoire continu, et que même si se pose cette question au moment où les plus jeunes n'auront pas l'occasion de connaitre des personnes pouvant témoigner, je sais que votre travail de mémoire ne sera jamais perdu. On nous apprend en histoire à être les conservateurs de cette mémoire, et je sais que nous serons nombreux à la porter, et j'espère en tant que future professeur être à la hauteur moi-même de ce devoir et de ce travai.  Alors merci, merci pour tout, merci de surmonter chaque fois le pire pour nous transmettre votre sagesse, héritière de ce combat que vous avez gagné.

Cordialement,

Célia.
Commentaire n°6 posté par Célia le 26/03/2010 à 14h35

Mr Braun,

Je viens de découvrir votre témoignage dans un lycée catholique parisien, en deux parties (sur Dailymotion, que je me suis empressée de diffuser sur ma page Facebook). Agée de 38 ans, et maman d'un petit garçon de bientôt 4 ans, je reste "jeune" dans mon coeur et très sensible. J'ai été profondément touchée par votre éloquente sincérité. Je prépare le concours de professeur des écoles publiques dont le programme d'histoire inclut la nazisme. Il est de mon devoir de maman, de future enseignante, et tout simplement d'être humain d'expliquer aux enfants les pires barbaries dont l'homme est capable pour que jamais ils ne les acceptent. 

Il y a environ 3 ans, ma maman m'a rapporté un secret qu'elle avait gardé. Je viens de la perdre ainsi que mon papa (adoptifs tous deux: mon oncle avait 93 ans et ma tante maternelle 84 ans). Ma famille maternelle, émigrée espagnole, vivait pauvrement non loin de Drancy. Vers l'âge de 15 ans, au début des années 40, elle était allée en secret avec ses frères voir les trains de Drancy où les juifs étaient entassés. La fratrie prenait le risque de se faire arrêter, mais l'insouciance de la jeunesse les rendait invincibles. Les Juifs sortirent leurs bras des wagons et tendirent des lettres qu'ils avaient écrites à leurs familles pour que les enfants les postent. Ma maman, sans jamais le dire à quiconque avant ces dernières années, pris ces lettres, dépensa tout l'argent de poche qu'elle avait (destiné au loisir du cinéma les jeudis) acheta des timbres puis posta ces lettres. Pour moi, elle a fait preuve de courage car elle risquait gros, et je suis fière d'elle.

J'admire votre personnalité, votre courage et votre humanité, et je partage votre croyance en votre dieu intérieur.

Bien cordialement,

Christine V-O

Commentaire n°7 posté par Christine Varona-Oury le 05/04/2010 à 01h38

Cher Sam,

Il y a déjà dix ans, toi et Sammy laissiez, sans vous être concertés, un commentaire amical sur mon "mémorial virtuel" balbutiant.

Dix ans déjà, et Sammy n'est plus là.

Je suis très heureuse que tu aies fini par écrire ce livre, Sam.

Commentaire n°8 posté par Laura le 09/04/2010 à 22h44

Monsieur Braun,

Je viens de voir votre vidéo témoignage sur Dailymotion. Je ne suis qu'une fille de 24 ans, 24 malheureuses petites années mais qui suffisent je pense pour avoir un tant soit peu d'émotions quant aux horreurs que des millions de personnes ont vécu durant cette Seconde Guerre Mondiale.

Votre témoignage est bien évidemment poignant. C'est dur, inconcevable de s'imaginer qu'à une époque aussi récente (70 ans à l'échelle de la vie de la planète ce n'est rien...) des êtres humains aient pu se comporter de manière aussi animale, aussi bestiale. Je trouve ça vraiment génial que des survivants comme vous viennent témoigner dans les collèges et lycées. Quand j'avais 16 ans, un des survivants d'Oradour sur Glane était venu dans mon lycée.

Je ne sais pas si aujourd'hui ma génération peut comprendre ce que vous et les autres survivants avez pu vivre. On est entourés de violence, elle est banalisée au travers des films, des jeux vidéos, et d'Internet. Et j'ai peur qu'une certaine partie de la jeunesse ne soit pas plus touchée que cela par les récits des survivants.

Je veux dire par là que vous ne pourrez jamais susciter un sentiment de compréhension. On ne peut comprendre quelque chose que si nous l'avons nous-mêmes vécus. La seule chose que nous pouvons ressentir est la compassion. 

J'ai quelques amis de 24 ans comme moi qui restent néanmoins touchés par cette grande guerre. 

J'ai un lien assez charnel avec cette histoire, j'ai un peu ce sentiment de "comprendre". Je pense que le cerveau humain, l'imaginaire comme vous en parlez dans cette vidéo, peut parvenir à se faire une idée, une représentation de ce que ça devait être de vivre dans l'enfer des camps. Je ne sais pas pourquoi mais je me sens liée à cette histoire.

Qui sait j'aurais fait partie de ces déportés moi aussi si j'avais eu 24 ans en 1942... Mon nom de famille est Juif. J'ai la chance d'être née en 1986. J'ai la chance de vivre dans un pays où je peux manger à ma faim. J'ai la chance de ne pas avoir connu de terribles souffrances. Bien que nous connaissions tous des moments dans notre vie, qui font mal mais qui endurcissent, mais cela fait partie de l'expérience de la vie. Ca nous forge. J'ai la chance de ne pas avoir connu cela. 

J'envisage bien évidemment de visiter Auschwitz quand je me serai bien organisée. Je veux faire cela au-delà du devoir de mémoire. Je veux le faire parce que j'en ai envie, j'ai envie d'aller là-bas pour "voir" et ressentir ce qui s'est passé. Il y a des lieux qui, je le crois, sont marqués par une empreinte indélébile. Je crois en une vie après la mort, je crois en Dieu (sans être pratiquante...) je crois que des gens qui disparaissent laissent une trace. Quelque chose que nous, vivants, pouvons ressentir.

Je veux aussi aller là-bas pour me rappeler la chance que j'ai d'être de cette génération qui a l'aisance, une vie aisée, mais qui a aussi grâce à Internet un accès incroyable et illimité vers l'information. Me rappeler que la vie est précieuse. Que croyez-vous? Quand on est jeunes, on ne prend pas forcément conscience de toutes ces choses-là. 

J'ai regardé un film magnifique récemment qui s'appelle "Le Pianiste" et qui retrace l'histoire vraie de ce musicien Wladislaw Spilman (pardon si j'écorche son nom), je pense bien sûr que vous connaissez son histoire. Et vous savez Monsieur Braun, après ce film, je suis allée marcher dehors, librement, j'ai traversé un parc, j'ai respiré l'air, je me suis encore une fois souvenue que tout cela, ces choses simples que ma génération vit sont en fait extraordinaires. Le bonheur se trouve dans ces petites choses simples de la vie. Il ne faut pas chercher le bonheur dans de grands moments, de grandes occasions, le bonheur, ce sont des choses simples, c'est faire de la trottinette, c'est marcher dans un parc, prendre des photos, contempler un paysage, etc.

Rien n’est acquis. Je comprends toutes ces choses que je viens d'énumérer mais tout au long de ma vie je ne devrai jamais cesser de me les rappeler. La souffrance de ces millions de malheureux durant cette guerre n'aura pas été vaine. Ils ne sont pas morts "pour rien". Cette horreur, cette calomnie bouleverse beaucoup de jeunes comme moi.

Je ne sais pas si vous êtes ecclectique en matière de musique. Mais j'aimerais que vous écoutiez cette chanson de Manau, groupe de "rap", je ne suis pas fan de rap mais cette chanson est sublime. Le texte est grave et me fait énormément réfléchir.

Voici le lien:

http://www.youtube.com/watch?v=GbWZodgz8_E

Voilà j'avais envie de vous dire tout ça, en espérant que cela vous donne le sourire de voir que la jeunesse actuelle est sensible à ce qui s'est passé, qu'elle est sensible à ces témoignages et qu'elle fera ce qu'il faut pour que l'avenir soit meilleur...

Bien à vous Monsieur Braun et merci encore pour ce beau témoignage

 

Sarah

 

PS: Juste une question... Vous ressentez quoi quand vous voyez des films qui traitent de la Seconde Guerre?... 

Commentaire n°9 posté par Sarah le 18/10/2010 à 17h03

Bonjour,
      

Description : Mon Blog, présente le développement mathématique de la conscience c'est-à-dire la présentation de la théorie du Fermaton.La liste des questions mathématiques les plus importantes pour le siècle à venir, le No-18 sur la liste de Smale est; Quelles sont les limites de l'intelligence tant qu'humaine et artificielle.


(fermaton.over-blog.com)

Cordialement

Clovis Simard

Commentaire n°10 posté par clovis simard le 17/11/2010 à 18h46

Bonjour, j'ai 50 ans. Ne suis pas juive. N'ai pas vécu la guerre. Je pense que pour moi, pour mon fils, pour tout humain sur terre votre témoignage est important. Je me sens votre fille à l'égal de vos enfants. Car ce que vous avez vécu vous a fait devenir un être à part. Vous appartenez à l'humanité entière. Vous êtes un philosophe. Continuez de témoigner. Mon frère a voulu défendre la liberté en amérique du sud. Contre la dictature, n 1972. Il a été torturé par les dictateurs 6 mois, il avait 22 ans. Moi j'en avais 14. Il a été interné 5 ans dans un de leur camps, en Uruguay. J'allais le voir de mes 14 ans à mes 19 ans, chaque année, 45 minutes de visite. Dites à vos enfants que les hommes qui l'ont torturés avaient appris à torturer par les même qui ont torturé en indochine, en algérie etc. Et c'est si difficile de parler. Si difficile. Peut-être nous aussi arriveront nous un jour à témoigner de ce passé il y a seulement 30 ans. Je vous embrasse. Catherine.

Commentaire n°11 posté par C Fleury le 09/12/2010 à 12h36

Ma chère Catherine, votre témoignage est bouleversant, et je vis, dans ma chair, tout ce que vous avez du vivre à travers la souffrance de votre frère. Je n'ose pas vous demander ce qu'il est devenu puisque je considère qu'il est maître de sa vie et qu'il y aurait comme une espèce d'indécence à vous poser ce genre de questions.

je souhaite simplement qu'il a réussi sa résilience en se réinsérant dans la vie. J'espère surtout que malgré tout ce qu'il a vécu, il aime la vie comme le plus beau des cadeaux. Je souhaite aussi qu'il puisse témoigner en toute sérénité de ces cinq années d'enfer. Lui, moi, et tous les autres, ceux qui ont eu à souffrir de sévices incroyables, ceux qui comme lui ont été torturés par des hommes devenus eux-mêmes des bêtes, nous qui ne sommes ni des héros, ni des victimes (afin que nos bourreaux n'aient pas le dernier mot), nous devons être à la pointe du combat pour lutter sans cesse contre la barbarie. En oubliant jamais chère Catherine, que notre plus grand ennemi, nous l'avons en nous-mêmes. Combattre contre nos propres instincts destructeurs et parfois violents, c'est aussi combattre pour la pérennité de la mémoire.

Je vous embrasse très fort

Réponse de Sam Braun le 09/12/2010 à 14h29

Merci pour votre réponse. Oui, je pense que nous sommes tous bléssés, vous, mon frère, les survivants, moi, les frères et enfants des amis de mon frère, les enfants de mon frère. Ceux comme vous ou moi (à beaucoup plus petit échelle) qui somme survivants à l'atrocité, et ceux qui ne sont pas témoins mais qui souffrent à nous lire. Car savez vous, j'ai écrit l'histoire de mon frère en pleurant à chaque ligne, mais vos récits me font pleurer aussi à chaque ligne (et bien que je ne sois pas juive j'aprécie tout ce que vous dites sur le fait d'être juif, et je me considère du même sang humain). Et je crois que tous les adolescents qui nous lisent pleurent aussi. Car pour chaque être humain, la souffrance d'un autre être humain est une souffrance qui lui est faite. C'est pour cela que vous n'avez pas pu raconter. C'est pour cela que mon frère est encore muet. Il ne peut rien raconter. Et j'espère qu'il ne se suicidera jamais, car il faut qu'il parle un jour à ses enfants. Car malheureusement il n'a pas changé, ne s'est pas inséré vraiment dans notre société. C'est une homme pur qui est resté fosilisé dans la vie qu'il avait à 20 ans. Un che Guevarra vivant. Quand à savoir comme vous le dites si nous portons en nous aussi une part d'un monstre qui serait capable d'atrocité. Je ne sais pas. Il y a ceux capables de se jeter au feu pour un frère humain et d'autres qui sont capables de tuer pour survivre. Je ne sais pas si nous sommes tous capable du mal, mais je sais que nous sommes tous capables de lâcheté. Mon frère n'a jamais parlé sous la torture, moi, je pense que je l'aurais fait. Je ne sais pas. Mais sans doute. Ma mère et mon frère sont des êtres particuliers, ils n'ont pas peur de la souffrance ni de la mort. C'est pour cela qu'ils se sont engagés dans tous les combats. Moi j'ai peur de la souffrance et de la mort. Extrêmement. C'est pour cela que j'ai besoin de croire en dieu alors que eux n'y croient pas. Et c'est pour cela que j'ai commencé à écrire leur histoire. Car c'est ma contribution. Même si c'est dangereux car les tortionnaires de mon frère sont en vie et encore capables de tuer. Dites à votre fils que partout dans le monde les mêmes idées fascistes perdurent. Et que, en témoignant, vous faite partie du mur qui s'érige entre eux et la démocratie.

Commentaire n°12 posté par C. Fleury le 09/12/2010 à 14h54

Tres remarquable  Documentaire Sur  les  survivants  des   Camps  .L'image  Fixe reflette    l'Ignominie  des  BOUREAUX .

Commentaire n°13 posté par razibuzouzou le 27/01/2011 à 10h55

Bonjour Monsieur,
Très touchée par votre texte je me permets de le mettre en lien sur le site du lycée où j'exerce la fonction de documentaliste (le lycée Louis Bascan de Rambouillet).  Plus que jamais,alors que les derniers témoins se font de plus en plus rare, il me semble nécessaire de "passer le flambeau" de la mémoire. Faites-vous encore des interventions dans les établissements ?
Merci pour votre flamme
F. Dombrowski

Commentaire n°14 posté par florence dombrowski le 11/06/2011 à 16h28

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